C’est “une décision qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour des millions de Palestiniens vivant sous occupation israélienne”, estime CNN.

Le Parlement israélien a voté lundi à une écrasante majorité (90 voix contre 10) en faveur d’un projet de loi interdisant les activités en Israël de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Un second texte, également largement adopté (89 contre 7), interdit aux responsables israéliens de travailler avec l’UNRWA et ses employés.

L’État hébreu, depuis longtemps très critique à l’égard de l’agence onusienne, accuse certains de ses employés d’avoir participé au massacre perpétré sur son sol par le mouvement islamiste palestinien Hamas, le 7 octobre 2023.

Les Nations unies avaient ouvert une enquête sur les allégations israéliennes et avaient “en conséquence licencié neuf membres du personnel de l’UNRWA”, rappelle The Guardian. Ces allégations avaient également mené les États-Unis et l’UE à suspendre brièvement le financement de l’agence, rappelle le quotidien britannique.

Interrogé lundi par Al-Jazeera, le porte-parole de l’UNRWA, Adnan Abu Hasna, a dénoncé une escalade “sans précédent”. Pour le fonctionnaire de l’agence onusienne, la décision israélienne signifie “l’effondrement du processus humanitaire dans son ensemble”, note la chaîne qatarie.

“Sans coordination avec Israël, il sera presque impossible pour l’UNRWA de travailler à Gaza ou en Cisjordanie, puisque Jérusalem ne délivrera plus de permis d’entrée dans ces territoires et ne permettra plus de coordination avec Tsahal”, précise The Times of Israel. “Israël contrôle également actuellement l’accès à Gaza depuis l’Égypte, les forces israéliennes étant déployées le long de la frontière qui les sépare”, rappelle le site d’information israélien.

Ha’Aretz estime que la nouvelle loi pourrait notamment “compliquer” les échanges entre les banques israéliennes et l’UNRWA. De hauts responsables de l’agence ont exprimé leurs inquiétudes quant au fait que “la loi pourrait conduire à l’effondrement du système administratif de l’UNRWA en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, en raison des difficultés de paiement des salaires et des fournisseurs, traités par l’intermédiaire de la banque Leumi”, une des principales banques israéliennes.

Risque d’une suspension d’Israël des Nations unies

Le vote de la Knesset a provoqué lundi un tollé international. Le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé une décision “intolérable” qui aura des “conséquences dévastatrices”. “Elle contrevient aux obligations et aux responsabilités d’Israël”, a-t-il ajouté, en soulignant que “l’UNRWA est une bouée de sauvetage irremplaçable pour le peuple palestinien”.

Avant le vote, les États-Unis s’étaient quant à eux déclarés “très préoccupés” et “avaient exhorté le gouvernement à ne pas approuver” ce texte, selon le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, qui a insisté lundi sur le rôle humanitaire “crucial” de l’UNRWA à Gaza.

Même en Israël, le projet de loi avait suscité l’inquiétude dimanche de hauts responsables du ministère des Affaires étrangères, rapporte le quotidien israélien Yediot Aharonot. Ces derniers ont averti que, si le texte était adopté en deuxième et troisième lectures à la Knesset, Israël “serait suspendu des Nations unies pour violation de la charte de l’organisation”.

Alors qu’il a décidé d’empêcher l’UNRWA d’opérer sur son territoire, Israël “n’a pas fourni d’alternative au 1,2 milliard de dollars de services fournis” par l’agence onusienne aux réfugiés palestiniens, remarque The Jerusalem Post. Or “il est possible qu’en vertu du droit international, Israël ait désormais la responsabilité financière de financer ces services”.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a réagi lundi dans la soirée aux critiques, en affirmant que l’État hébreu était “prêt” à “travailler avec [ses] partenaires internationaux” pour continuer à “faciliter l’aide humanitaire à Gaza d’une façon qui ne menace pas [sa] sécurité”.